Vous ne faites pas la différence entre Freestyle et Freeride ? Vous pensez toujours que Kévin Rolland est un célèbre commentateur de foot ? Cet article est fait pour vous !

Les bases du freestyle

Vous avez certainement croisé ces dernières années des skieurs au look de pirates, qui sautent dans toutes les positions dans les snowparks, avec des skis aux deux bouts relevés, qui parlent dans un langage incompréhensible du style switch 1080 reverse tail à gauche ou double cork 1090 safety à gauche ? Ne cherchez plus, ce sont des freestyleurs !

Des X-Games aux Jeux olympiques

Le freestyle, c’est une discipline de ski et de snowboard qui date d’une quinzaine d’années par évolution du ski acrobatique (rappelez vous, Edgar Grospiron !), pratiquée par plusieurs dizaines de milliers de skieurs en France.

Elle a été popularisée par les Winter X-Games (organisés depuis 15 ans aux États-Unis, et depuis 2010 à Tignes pour l’Europe), et a été reconnue récemment comme discipline olympique à part entière… vous pourrez donc la suivre de très près lors des prochains J.O. de Sotchi !

La discipline est très spectaculaire à pratiquer comme à regarder : les riders ou freestylers font des sauts dans le but de réaliser des figures artistiques (des tricks), que ça soit en station à l’intérieur des snowparks aménagés (le plus souvent  sur des modules construits (shapés) par les dameuses), ou en hors-pistes depuis des modules faits maison à la pelle, des corniches ou des barres rocheuses (le freestyle backcountry).

Derrière une apparente détente et facilité de la part des pratiquants, il y’a bien-sûr énormément de préparation : le freestyle reste un sport extrême qui nécessite une grande maîtrise de l’équilibre, tant pendant l’impulsion que lors des tricks et des réceptions (les réceps, ou les lands).

Avant de poser ou plaquer un nouveau trick, de nombreuses heures d’entraînement sont nécessaires hors neige, le plus souvent sur des matelas, des trampolines, en piscine sur des plongeoirs, voire sur des tremplins aquatiques pour rajouter la vitesse à la précision du mouvement.

Ne viennent qu’ensuite les premiers tests sur les skis, les essais des tricks les plus périlleux (par exemple les front flips, qui sont des saltos avant) sont réalisés de préférence sur des matelas gonflables voire en hors-piste, pour un atterrissage en poudreuse, ce qui réduit la casse en cas de problème à la récep. Par rapport au ski de piste ou au freeride, les équipements du freestyle diffèrent.

Les dangers liés aux réceptions imposent le port du casque, du masque et la dorsale pour la plupart des pratiquants (voir ici Kevin Rolland). Au niveau des skis, les lattes sont un peu plus courtes que la moyenne, et également plus légères et flexibles pour faciliter la maniabilité et les réceptions. La double spatule est de mise sur tous les skis, pour permettre de skier en avant et en arrière avec aisance lors de l’élan ou de la réception.

Les différentes disciplines de Freestyle

Le Half Pipe est certainement la discipline la plus connue de toutes. Il s’agit de réaliser des tricks dans un “demi-tube” en pente, c’est-à-dire un module composé de deux grands murs de neige de 5 mètres de haut, parallèles, et très longs (appelés des copings), qui sont arrondis à leur base (la cuillère), avec un fond plat (photo).

Ces modules sont réalisés par des dameuses spéciales appelées pipe dragons. Le rider s’élance du haut d’un coping (on dit qu’il drop), prend de l’élan vers le coping opposé, décolle puis effectue son trick, retombe dans la pente du mur puis prend de l’élan vers le coping opposé, et ainsi de suite jusqu’en bas.

La discipline est olympique en snowboard depuis 1998 aux Jeux olympiques de Nagano au Japon, et va le devenir pour le ski au Jeux olympiques de Sotchi 2014 ! Beaucoup de Français se distinguent dans cette discipline en ski, comme Thomas Krief, Kevin Rolland et Joffrey Pollet Villard chez les hommes (qui essaient de contester la suprématie des Américains David Wise et Torin Yater-Wallace), et Anaïs Caradeux et Marie Martinod chez les femmes, avec la Suissesse Virginie Faibre. L’amplitude, l’esthétique et la difficulté des sauts sont notées, lors de manches appelées “rounds”.

La variante :  le Super Pipe ! C’est le Half Pipe “version géante”, avec des murs mesurant jusqu’à 7m (photo)… imaginez la hauteur atteinte par le rider lorsqu’il fait un saut de plusieurs mètres d’amplitude ! Le Slopestyle : c’est une nouvelle discipline très populaire, qui consiste à descendre une pente en enchaînant successivement les “tricks” sur différents modules variés (photo).

La discipline a remplacé le “Big Air” au niveau des X-Games, et  a été promue discipline olympique pour Sotchi 2014 tout comme le Half Pipe en ski ! Chez les hommes, les Français Jules Bonnaire et Antoine Adélisse se démarquent avec l’Américain Nick Goepper et l’Anglais James “Woodsy” Woods, alors que chez les filles c’est la jeune Kelly Sildaru (10 ans seulement !) qui fait sensation à chaque contest ! L’amplitude, la variété et le style sont notés, lors de manches appelées “rounds” (comme au Half Pipe).

Le Big Air, c’est un grand tremplin composé d’une descente pour l’élan, d’un gros monticule plat au-dessus (“la table”) shapé à la dameuse, d’un tremplin sur le rebord de la table (généralement fait à la pelle), et d’une pente descendante derrière pour la “récep”. Très spectaculaire, le Big Air permet aux skieurs et snowboarders de réaliser des “tricks” avec une très forte amplitude. Il n’est plus officiellement une discipline lors des X-Games, mais qui reste très répandue dans les stations avec de nombreux concours.

Le Skicross : discipline très spectaculaire, le skicross est une succession de courses de 4 skieurs (ou snowboardeurs pour le “Boardercross”), qui dévalent un parcours étroit d’environ 600 m jonchés de bosses, de virages relevés ou de tremplins. Les 2 premiers sont qualifiés pour la phase suivante, jusqu’à la finale. Olympique depuis les JO de Vancouver en 2010 (Turin 2006 pour le Boardercross), c’est la discipline reine des skieurs intrépides, qui repoussent les limites parfois jusqu’à la chute… et en même temps très tactique.

Chez les filles, c’est la Française Ophélie David qui domine la discipline depuis une dizaine d’années, avec 22 victoires, 7 coupes du monde, et 4 X-Games pour la skieuse de l’Alpe d’Huez, excusez du peu ! Son dernier défi : les JO de Sotchi 2014 ! Résumé de la course spectaculaire d’Ophélie David à Inawashiro au Japon, où elle remporte la Coupe du Monde 2007

Et pour finir, le nom des tricks !

Voici quelques notions simples à connaitre pour bien comprendre ces fameux tricks, en vue des prochaines diffusions… finalement ce n’est pas si compliqué ! Les rotations pendant les sauts. Il y en a 3 sortes :

  • les rotations horizontales, dont le nom est le nombre de degrés effectués. Ex : le 360 (1 tour entier), 720 (2 tours), 900 (2 tours et demi), 10801260 etc.
  • les rotations verticales sont des front flips ou des back flips (saltos avant ou arrière). Impressionnantes, mais relativement moins difficiles que les précédentes, il y’a néanmoins un gros risque de chute sur la tête, le dos ou le ventre, en particulier sur les front flips où l’on voit le sol au dernier moment.
  • les rotations désaxées : une rotation horizontale au départ, sur laquelle un fort mouvement d’épaules est ajouté pour la désaxer (jusqu’à parfois la tête en bas). Exemples : le cork, le flat spin, ou le rodéo.

Les rotations effectuées dans le sens contraire au sens préféré du rider sont appelées unnatural.

Le Switch : c’est le fait de skier en avant, et de se réceptionner en arrière suite au saut. L’inverse est appelé fakie, ou switch également.

Les Grabs : c’est le fait d’attraper (“to grab”, en anglais) à la main une partie de ses skis lors d’un saut. Cela parait anodin, mais le grab complexifie la plupart des tricks en déséquilibrant le skieur, ou en le désaxant… ce qui peut également avoir des avantages pour certains. Les grabs les mieux notés sont les saisies qui durent longtemps, et effectuées fermement. Quelques types de grabs :

  • le tail et le true tail : on attrape le ski à l’arrière, ou carrément à l’extrémité arrière, pendant que les skis restent parallèles ou se croisent (parallel tail, ou cross tail)
  • le safety : on attrape le ski à l’avant avec la même main que la jambe du ski attrapé (ex : main gauche, ski gauche), jambes ensembles et ski parallèles (ou croisés lors du cross grab). Si c’est la main opposée, il s’agit d’un mute. Si le ski est saisi le plus possible vers l’avant, c’est un nose grab, voire un true nose grab (ou High Mute si les skis sont croisés) si c’est l’extrémité avant du ski qui est saisie ! Encore plus fort, le double true nose grab, réalisé dans cette photo par Candide Thovex.
  • le japan, ou japan air : la main attrape le ski opposé  (ex : main gauche, ski droit) au niveau de l’arrière de la fixation, et en passant derrière la jambe, comme ici. Le double japan est fait quand on rajoute l’autre main sur le même ski, à l’avant de la fixation cette fois.  Si le ski opposé est attrapé à l’avant, c’est un critical, avec sa variante le double critical (les deux mains à l’avant du ski opposé).
  • le truck driver : chaque main attrappe le ski correspondant à l’avant, les jambes restent tendues.

Et d’une manière générale, quand le freestyler fait un grab de la main défavorisée par la rotation, on dit que le grab est effectué en reverse.

Et évidemment, tout ça se mélange pour donner des noms de tricks très complets notamment lors des commentaires des runs, du style “t’as vu il a posé un cork 900 truck driver à gauche, enchaîné par  un double cork 1260 mute à droite” Maintenant vous êtes devenus un peu plus familier avec le freestyle et son langage ? Eh bien bravo, vous êtes parés pour les X-Games Europe !